SIG, systèmes d’aide à la décision et gestion de réseaux

Les projets SIG avaient pour objectif initial l’automatisation de la cartographie. L’association de données attributaires aux entités graphiques et l’adoption de standards d’interopérabilité ont ouvert de nouvelles perspectives et motivé de nouveaux objectifs tendant à positionner le SIG comme le composant clé du système d’information, spécialisé dans la gestion et l’analyse des données localisées.
La mise en place d’un SIG est un processus complexe. Cette complexité résulte de l’interaction d’un grand nombre d’acteurs et de systèmes dynamiques.
Le repositionnement des SIG comme composants d’un système intégré d’aide à la décision peut contribuer à améliorer les performances des processus métiers opérationnels. Ce repositionnement requiert une évolution fonctionnelle des outils, mais aussi, un changement des stratégies de mise en place. Ces stratégies devraient être plus flexibles et participatives. La composition de l’équipe projet, ses compétences et capacités de refonte des processus internes de l’organisation, jouent aussi un rôle déterminant dans cette évolution.
Enfin, l’évaluation de l’efficacité des SIG devrait mesurer la contribution des ces outils aux résultats globaux de l’organisation. A ce propos, les indicateurs de qualité de service, d’optimisation des processus métier et de développement des connaissances des agents de l’organisation, devraient être considérés au même niveau que les indicateurs financiers.
Mots clés :
SIG, réseaux, organisation, stratégie de systèmes d’information, aide à la décision.

Introduction
L’utilisation des SIG par les gestionnaires de réseaux, a démarré en France dans les années 1980. Les objectifs initiaux consistaient en la constitution d’archives de plans, automatisés permettant l’accès rapide aux informations des réseaux. L’association d’informations techniques aux représentations graphiques a permis la constitution de bases de données patrimoniales et le développement d’outils d’analyse spatiale. Cela a motivé la définition de nouveaux objectifs, tendant à positionner le SIG comme le composant spatial du système d’information, et comme un outil d’aide à la décision.
Cependant, ces nouveaux objectifs n’ont pas été toujours atteints. La mise en place d’un SIG est un processus complexe. Cette complexité résulte de l’interaction d’un grand nombre d’acteurs et de systèmes dynamiques. Les délais de mise en place augmentent les risques des projets SIG, qui peuvent être confrontés à la concurrence d’initiatives parallèles, impulsées par différents services ou unités opérationnelles.
Dans la pratique, les SIG sont utilisés principalement pour la gestion de la cartographie des réseaux sur un fond de plan intégrant des données référentielles et environnementales. L’utilisation d’applications d’analyse spatiale est opportuniste. Plusieurs facteurs contribuent à cette situation :
• Facteurs organisationnels : la culture de l’organisation et le positionnement stratégique des Systèmes d’Information et particulièrement des SIG.
• Facteurs technologiques : les fonctionnalités d’analyse spatiale sont limitées dans les SIG généralistes et les solutions en place sont faiblement intégrées au système d’information.
• Les données nécessaires à l’analyse ne sont pas disponibles ou la qualité des données géographiques n’est pas en adéquation avec les besoins de processus d’analyse et de prise de décision.
• Facteurs humains : les compétences critiques pour l’utilisation des SIG dans les processus d’aide à la décision sont externes à l’entreprise.
L’objectif de cet article est d’analyser brièvement les facteurs énoncés ci-dessus et de proposer quelques éléments de réflexion sur l’évolution des SIG.

Les SIG intégrés aux systèmes d’aide à la décision
Trois caractéristiques technologiques semblent essentielles à la constitution des SIG à l’avenir [Malczewski] :
• Les fonctionnalités de base des données spatiales, associées à un moteur spatial avec la capacité de structuration et d’analyse de données localisées
• Les capacités d’interopérabilité avec le système d’information
• L’intégration de fonctionnalités d’aide à la décision, dans un contexte de résolution de problèmes
Le caractère relativement ponctuel des processus de prise de décision, en opposition à la démarche à long terme de construction d’un SIG, nécessite l’accès aux données de base, ainsi qu’un outil flexible, mis à la disposition de l’équipe chargée de l’analyse, de l’identification d’alternatives et de la recommandation d’un choix. Or cela ne s’obtient pas toujours des systèmes en place actuellement. Ceci renforce la perception d’excessive complexité de ces systèmes.
Pourtant, les SIG intégrés au système d’information, dans une configuration de système d’aide à la décision, faciliteraient l’élaboration de réponses aux contraintes de réduction de coûts et d’amélioration des niveaux des services, auxquelles sont confrontées les organisations.

Facteurs organisationnels
Les objectifs poursuivis dans la mise en place des solutions SIG sont étroitement liés au modèle économique de l’organisation.
Les SIG servent principalement à la gestion opérationnelle des réseaux : planification des interventions, identification des branchements affectés par une coupure du service, identification de vannes à fermer, coordination des travaux avec les collectivités et autres gestionnaires de réseaux, etc. [Didier et Bouveyron].

Si le modèle économique détermine l’orientation du projet SIG, la structure et la culture de l’organisation détermineront les modalités de son développement et de son déploiement.

Bien que les SIG aient un caractère transverse, leur utilisation reste dans beaucoup de cas limitée à un service ou une fonction de l’entreprise. Ceci peut provoquer l’émergence d’initiatives SIG parallèles, d’ampleur variable, impulsées par différents services et unités. Ces différentes initiatives partagent des besoins communs, en termes de données et de fonctionnalités de base, mais impliquent souvent l’utilisation de configurations hétérogènes, voire redondantes.
Le caractère stratégique des applications d’aide à la décision peut contribuer à faire évoluer cette situation. La réalisation de ce type d’application met en jeu un processus multidisciplinaire, qui nécessite la participation d’intervenants des différents services de la société et d’intervenants externes. Les SIG peuvent y jouer un rôle plus important, si les décideurs ont une perception claire des avantages.

Les indicateurs financiers ne sont pas suffisants pour l’évaluation de ce type de projets. D’autres indicateurs devraient être incorporés ; notamment ceux concernant la satisfaction des clients, l’optimisation des processus internes et l’amélioration des connaissances des agents de l’organisation.

Facteurs fonctionnels
L’externalisation des activités d’exploitation des systèmes d’information dans le secteur des gestionnaires de réseau répond à la tendance de concentration des activités de l’entreprise dans le périmètre de ses compétences stratégiques. Les systèmes d’information ne sont pas toujours considérés à l’intérieur de ce périmètre et en conséquence, les fonctions de exploitation, de maintenance, de formation ainsi que de développement de nouvelles applications métier sont externalisées.

Les Systèmes d’Information Géographique n’ont pas échappé à cette tendance. Si l’externalisation a permis de réduire les coûts internes, le changement n’a pas toujours répondu aux nouveaux besoins métier, particulièrement dans les cas de problèmes complexes d’aide à la décision. Le processus d’externalisation a été accompagné par la création d’un niveau intermédiaire entre les directions fonctionnelles et les prestataires de services d’outsourcing, ayant pour rôle l’assistance de ces directions dans chaque domaine informatique et fonctionnel. Des démarches d’urbanisation du système d’information ont été aussi adoptées. Elles ont eu essentiellement une approche centrée sur la normalisation des modèles de données, mais n’ont pas abordé systématiquement, l’aspect dynamique de l’intégration d’applications.

Les SIG restent peu intégrés aux systèmes d’information. Leurs applications sont ponctuellement interfacées, principalement par échange de fichiers, aux applications métiers.

Facteurs technologiques
SIG et systèmes d’aide à la décision
Pour analyser les capacités des SIG à supporter les décisions spatiales dans le contexte des processus de prise de décision il est possible d’adopter le cadre qui consiste à structurer tout processus de prise de décision en trois phases : analyse, design et choix.

Si les SIG en général permettent de répondre aux besoins de la première phase de manière efficace, ils sont moins flexibles en ce qui concerne la représentation rapide d’alternatives ou de préférences des décideurs. Ces restrictions font des SIG un environnement de modélisation statique. [Malczewski]

Cependant, la capacité d’intégration des SIG, en particulier avec les systèmes d’analyse multicritère, rend possible la définition de plates-formes capables de supporter toutes les phases des processus d’aide à la décision. L’évolution des architectures logicielles, avec la disponibilité de serveurs d’application spécialisés, contribue à la création de l’infrastructure nécessaire à la mise en place de ces environnements. Cette démarche s’inscrit dans un processus d’amélioration progressive des systèmes d’information. Ce qui implique une meilleure qualité de service, un suivi optimisé des processus opérationnels et à terme, la constitution de bases de connaissances au service des agents de l’organisation et des usagers.

L’adéquation des données aux besoins des processus de prise de décision
Les gestionnaires de réseaux disposent d’une grande quantité de données. Ces données sont générées et maintenues internement sur des systèmes hétérogènes, par des services différents de l’entreprise. Donc, l’homogénéisation des architectures techniques et l’intégration d’applications doivent être accompagnées par la correction des données et la mise en correspondance des modèles conceptuels.

Une majeure disponibilité des données géographiques de référence et des données socio-économiques facilitera à la fois la construction des plate-formes SIG de gestion et d’aide à la décision. Cependant un travail, d’une importance variable selon les cas, de consolidation des données métier conditionnera la mise en place effective des ces solutions.

Facteurs humains
SIG et conduite du changement
L’idée du changement est implicite dans la plupart des projets de systèmes d’information. Cette notion est en général, associée à la préparation du plan de formation pour le déploiement de la nouvelle application. Le changement devrait aussi concerner la manière de considérer les outils SIG, non plus comme un système cartographique automatisé destiné essentiellement à faciliter la communication technique, sinon comme un élément intégrant des systèmes d’aide à la décision.

L’équipe projet dans le cadre des applications d’aide à la décision, acquière une importance fondamentale. Sa constitution devrait suivre les principes des auto-organisations : variété requise pour représenter les différents acteurs et dimensions du problème, redondance multi¬fonctionnelle dans ses intégrants, spécification minimale critique (autonomie et contrôle décentralisé pour permettre à l’équipe de déterminer la méthodologie à appliquer et de définir les rôles de ses intégrants) et capacité de reformuler le processus de prise de décision (double boucle de l’apprentissage). L’équipe devrait intégrer les compétences en SIG nécessaires pour faciliter l’utilisation flexible de ces outils, dans les différentes phases du projet. [Morgan]

Conclusions
Aujourd’hui il y a un intérêt croissant dans l’intégration des technologies SIG à l’analyse multicritère pour constituer une plate-forme intégrée d’aide à la décision spatiale. Les cas d’utilisation incluent par exemple : des projets d’aménagement du territoire, des projets d’infrastructure, ou de développement.

Les SIG sont utilisés quotidiennement par les gestionnaires de réseaux pour la gestion du patrimoine réseau et ponctuellement dans les phases d’analyse des processus de prise de décision.

L’intégration des fonctionnalités d’analyse multicritère aux SIG et l’intégration plus forte des SIG au systèmes d’information peuvent contribuer à l’amélioration des performances métiers.

Le repositionnement des SIG dans le système d’information apportera en même temps, des éléments nouveaux, d’aide à la communication et à la concertation.

Ce repositionnement requiert un changement des stratégies de mise en place de solutions SIG : plus flexibles, émergentes et partagées par l’ensemble de l’organisation, en réseau avec des équipes de chercheurs et d’experts et avec les organismes de normalisation, les éditeurs et les fournisseurs de données.

Bibliographie
Michel DIDIER et Catherine BOUVEYRON – Guide économique et méthodologique des SIG – 1993 – Hermes – Paris
Philippe LATOUR et Jacques le FLOC’H – Géomarketing – Principes, méthodes et applications – 2001 – Editions d’Organisation – Paris
Jacek MALCZEWSKI – GIS and Multicriteria Decision Analysis – 1999 – John Willey & Sons Inc. – New York
Gareth MORGAN – Images of Organization – 1997 – Sage Publications – London

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